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Santé des femmes : vers une médecine plus inclusive ?

Santé / Femmes

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais leur qualité de vie est bien souvent dégradée. Maladies chroniques, retards de diagnostic… Des inégalités perdurent. Comment les expliquer ? Quelles pistes pour une santé plus équitable ? La Professeure Annalisa Casini, docteure en sciences psychologiques, nous éclaire.

Pendant longtemps, la médecine s’est construite autour d’un modèle unique, censé représenter l’ensemble de la population : un individu universel, neutre en apparence mais en réalité pensé par rapport au modèle masculin. 

Ce modèle a dominé la recherche médicale et guidé les pratiques cliniques pendant des décennies. Conséquence : les femmes, avec leurs spécificités biologiques, hormonales ou sociales, ont été longtemps reléguées au rang d’exception. 

« Beaucoup d’études ont exclu les femmes par le passé, notamment à cause de leur cycle menstruel et des variations hormonales que cela implique. Pourtant, ces spécificités font partie de la réalité des femmes » rappelle la Pr. Annalisa Casini.

Des conséquences sur la santé

Cet angle mort historique dans la recherche a eu des répercussions bien concrètes que l’on observe encore aujourd’hui. De nombreuses femmes subissent encore des retards de diagnostic, des traitements moins adaptés ou une écoute moins attentive de leurs symptômes. C’est notamment le cas pour les maladies cardiovasculaires. Longtemps considérées comme des maladies masculines, elles sont pourtant la première cause de mortalité chez les femmes. « Leurs symptômes sont souvent différents, et donc moins vite repérés. Résultat : les femmes peuvent être diagnostiquées plus tard, avec des conséquences parfois graves », explique la chercheuse. 

Les maladies spécifiquement féminines, comme l’endométriose, ont elles aussi longtemps été ignorées. Non pas par volonté délibérée d’exclusion, mais souvent par simple méconnaissance. 

« Les chercheurs, historiquement des hommes, n’étant pas confrontés eux-mêmes à ces pathologies, ils s‘y sont logiquement moins intéressés. » Il aura fallu des années pour que des pathologies comme l’endométriose soient enfin reconnues, étudiées, financées. « Aujourd’hui, une prise de conscience s’opère et les choses évoluent positivement », souligne la Pr. Casini. 

Éviter le piège de la
« pathologisation »

La chercheuse met aussi en garde : « cette évolution favorable ne doit pas conduire à l’extrême inverse. Il faut faire attention à ne pas pathologiser ce qui relève d’un état biologique normal : les règles, la grossesse, la ménopause… Ce sont des phases de la vie d’une femme qui méritent d’être mieux comprises et mieux accompagnées, mais pas forcément médicalisées à tout prix, au risque de continuer de voir la biologie féminine comme problématique. »

Facteurs sociaux, précarité et charge mentale 

Enfin, aborder la santé uniquement par le prisme de la médecine ne suffit pas à en saisir toute la complexité. Elle est aussi façonnée par des facteurs sociaux, économiques, professionnels. Or les femmes sont davantage vulnérables et exposées à la précarité, aux inégalités salariales, aux responsabilités domestiques, et sont surreprésentées dans les métiers du soin, avec des risques psychosociaux et des troubles musculosquelettiques plus élevés. Tout cela pèse sur leur santé globale

Vers une santé plus équitable pour toutes et tous 

Une santé plus équitable ne concerne pas uniquement les femmes. « Un système plus inclusif bénéficie à tout le monde. Les hommes aussi peuvent souffrir de certaines normes s’ils ne rentrent pas dans les cases. » conclut la Pr. Casini, « il ne s’agit pas d’opposer les hommes et les femmes, mais bien d’améliorer la santé de toutes et tous ». 

Pour cela, plusieurs pistes d’action émergent pour construire une santé plus équitable. « Il s’agit d’abord de mieux documenter ces différences, à travers la collecte de données genrées. Ensuite, « il faut encourager le financement de la recherche sur les maladies qui touchent spécifiquement les femmes, mais aussi renforcer la collaboration entre tous les acteurs de la santé : mutualités, associations, chercheurs, soignants… ». 

Pour finir, « l’enjeu de la littératie en santé est fondamental ». Il est essentiel que tout le monde ait accès à une information claire, fiable, compréhensible, pour pouvoir prendre des décisions éclairées pour sa santé. 

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