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Omniprésents dans le quotidien des adolescents, les réseaux sociaux préoccupent de nombreux parents. Quels sont leurs impacts sur la santé et comment trouver le bon équilibre en famille ? Rencontre avec Caroline Depuydt, médecin psychiatre et autrice du livre "Je me libère des écrans !".
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Rencontre avec Caroline Depuydt, médecin psychiatre et autrice |
"Les principaux effets observés concernent les troubles du sommeil, la sédentarité et la vision. Le sommeil est un enjeu majeur, car lorsqu’il est de mauvaise qualité, il affecte l’ensemble de la santé physique et mentale. L’usage intensif des écrans favorise également la sédentarité, avec un risque accru de surpoids et, à terme, de pathologies comme l’obésité, le diabète ou l’hypertension. Enfin, le temps passé sur les écrans est aussi associé à une augmentation de la myopie, en particulier chez les plus jeunes.
À ces troubles physiques viennent s’ajouter des effets plus indirects sur la santé mentale comme l’anxiété ou la dépression chez les personnes déjà vulnérables."
"Oui, car à cet âge, le cortex préfrontal, qui joue un rôle dans le contrôle et la capacité à se réguler, n’est pas encore pleinement développé, tandis que le circuit de la dopamine est déjà très actif. Cela rend les jeunes plus impulsifs, plus sensibles au plaisir immédiat et moins capables de s’autoréguler face aux écrans.
Ils sont aussi plus influençables et particulièrement sensibles à l’effet de groupe, à la comparaison sociale et à leur image corporelle. L’exposition répétée à des images idéalisées, filtrées ou à des corps “parfaits” peut fragiliser l’estime de soi et provoquer des pensées négatives ou des troubles du comportement alimentaire."
"Il y a évidemment la question du temps passé sur le smartphone, mais ce n’est pas le seul critère. Ce qui compte surtout, c’est de voir si votre adolescent arrive à se déconnecter. Si les écrans prennent progressivement le dessus sur le reste (moins de sport, moins de sorties avec les amis, moins d’activités…), si les résultats scolaires chutent, si les conflits se répètent à la maison ou encore s’il n’arrive plus à se lever le matin, cela constitue déjà un signal d’alerte.
Autre élément important : lorsque l’adolescent a déjà tenté de réduire son utilisation des réseaux sociaux sans y parvenir. S’il se montre irritable ou nerveux lorsqu’il ne peut pas se connecter, cela peut indiquer qu’une forme de dépendance est en train de s’installer."
"L’accompagnement doit être progressif et adapté à l’âge de l’enfant. À mesure qu’il grandit, on lui laisse davantage d’autonomie. Les outils de contrôle parental et les restrictions de temps sont une bonne solution, mais doivent être appliqués en concertation avec l’enfant. Ces limites ne sont pas là pour punir, mais pour protéger.
La cohérence et l’exemplarité sont également essentielles. Si l’on demande à son enfant de ne pas utiliser son téléphone à table ou avant de dormir, il faut appliquer ces règles à soi-même, c’est la base pour rester crédible."
"À mes yeux, la priorité est surtout de développer l’éducation aux médias, aux fake news, au respect de la vie privée et aux risques du cyberharcèlement. Si cette mesure s’inscrit dans un cadre plus large, avec un véritable accompagnement et des moyens concrets pour faire respecter cette limite d’âge, pourquoi pas. Mais seule, son efficacité risque de rester très limitée."
"Oui, bien sûr, tout est une question d’usage. Ils permettent de découvrir, d’apprendre, de s’ouvrir au monde. Pour certains jeunes, notamment les plus isolés, ils offrent aussi un véritable espace de soutien et d’entraide.
Les réseaux sociaux sont également un lieu de sociabilisation et participent à l’autonomie des adolescents. Ils ne doivent pas remplacer les relations dans la vie réelle, mais trouver leur juste place."
"Le premier message que j’aurais envie de faire passer, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour changer les choses et instaurer de nouvelles règles. Si des changements sont nécessaires, il vaut mieux les mettre en place en discutant calmement avec son enfant, en dehors des moments de crise.
Enfin, le plus important reste, selon moi, de recréer du lien, de retrouver des moments de qualité en famille. S’intéresser à ce que font nos jeunes, sans jugement, en essayant de comprendre leur univers, c’est souvent comme ça que le dialogue s’ouvre et que la relation se renforce."
Pour aller plus loin…
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Dans son livre "Je me libère des écrans !" (2024, éditions Racine) Caroline Depuydt propose des pistes concrètes pour reprendre la main et retrouver un rapport plus équilibré aux écrans. |