Troubles du comportement alimentaire : le mal de la décennie chez les ados

28 mars 2022

L’adolescence constitue parfois une importante zone de turbulences. Il arrive même que certains jeunes traversent d’immenses trous d’air et les services de pédopsychiatrie débordent régulièrement de patients qui souffrent de troubles du comportement alimentaire (TCA).

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Qu’entend-on par « troubles du comportement alimentaire » ?

Les troubles du comportement alimentaire sont des maladies mentales chroniques qui se manifestent au niveau du rapport à la nourriture. On en distingue trois :

L’anorexie mentale

Ce trouble consiste à vouloir à tout prix perdre du poids, notamment en se privant de nourriture. L’anorexie mentale est généralement considérée comme une « maladie de fille », mais 10 % des cas concernent des garçons. Le pic du déclenchement de l’anorexie se situe entre 14 et 18 ans.

La boulimie

Il s’agit du pendant de l’anorexie, les deux troubles se succédant parfois par phases chez un patient. La boulimie se caractérise par l’ingestion d’une quantité excessive de nourriture de manière compulsive. Des comportements compensatoires (vomissements, pratique sportive intensive ou jeûne) sont ensuite mis en place entre les crises pour éviter de prendre du poids

L’hyperphagie boulimique

Souvent présent dès l’enfance, ce trouble alimentaire est proche de la boulimie puisqu’il consiste lui aussi à manger compulsivement de grandes quantités de nourriture. Ce qui l’en distingue, c’est l’absence de comportements compensatoires. Dans le cas de l’hyperphagie boulimique, les crises de boulimie ne sont par exemple pas suivies de vomissement volontaire. Il en résulte donc généralement un surpoids important. L’hyperphagie boulimique est souvent liée à une grande impulsivité. 

Les premiers signes du développement de troubles des conduites alimentaires chez un adolescent

Anorexie

  • Intérêt marqué pour l’alimentation, le nombre de calories des différents aliments, etc. • Changement des habitudes alimentaires (renoncement au dessert, rejet des aliments trop gras, etc.)

  • Tentatives d’évitement du repas en famille (je n’ai pas faim, j’ai déjà mangé, je mangerai plus tard…)

  • Craintes infondées liées à son apparence physique

Boulimie et hyperphagie

  • Grignotage compulsif entre les repas

  • Manger bien plus que sa faim

  • Honte d’avoir trop mangé et mise en place de comportements compensatoires inappropriés (se faire vomir, prendre des laxatifs, etc.)

Le confinement a laissé des traces chez les adolescents

La Dre Françoise Dominé est pédiatre au CHR de la Citadelle à Liège, spécialisée en médecine de l’adolescence. Elle constate depuis quelques mois une explosion du nombre de cas de troubles des conduites alimentaires chez les ados et même chez des enfants entre 9 et 11 ans. Elle ne cache pas son inquiétude de voir la santé physique et mentale des jeunes se dégrader davantage avec la crise sanitaire qui s’éternise.

« À la suite du premier confinement, nous avons vu déferler une grande vague d’anorexie mentale, explique le Dr Dominé. Beaucoup ont profité de cette période pour faire le point sur leur vie, pour se remettre au sport ou opter pour une alimentation plus saine, ce qui est plutôt positif. Mais certains des adolescents anorexiques que nous traitons actuellement ont pris cela trop à cœur, au point que cela devienne une obsession. Les changements qui s’opèrent peuvent alors être brutaux. Dans un tel cas, la famille se trouve aussi impuissante que désemparée. »

L’importance capitale d’une prise en charge médicale rapide

« L’un des aspects les plus importants d’une prise en charge médicale des TCA, c’est qu’ils sont traités comme une maladie, explique le Dr Dominé. Se priver de nourriture ne résulte pas d’un choix conscient. Lorsque ce trouble apparaît, le jeune est pris dans l’engrenage. La prise en charge s’opère donc au niveau familial. Il s’agit de faire front ensemble. Cette approche permet de déculpabiliser tout le monde. Notre rôle consiste à faire comprendre à ces adolescents qu’ils peuvent guérir. Et plus la prise en charge est rapide, plus les chances de guérison sont élevées. 

Le long chemin vers la guérison des troubles du comportement alimentaire

Florence Bierlaire est psychothérapeute spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire. Elle l’affirme, si la guérison est possible (le taux de guérison oscille entre 30 et 40 %), le chemin est long et la maladie peut laisser des traces.  « À un stade de la maladie, la souffrance ressentie peut pousser un patient à vouloir s’en sortir. S’appuyer sur un projet essentiel pour lui constitue aussi un levier important. L’envie de devenir maman sert parfois de déclic à une patiente anorexique. Mais il ne faut jamais crier victoire. Les TCA sont des maladies chroniques et les rechutes fréquentes. »

Quelles différences entre la boulimie et l’hyperphagie ?

Ces TCA concernent tous deux l’absorption compulsive de très grandes quantités de nourriture, indépendamment de la sensation de faim. Ce qui les différencie, c’est l’attitude du patient après la crise.

Un jeune souffrant de boulimie développe des comportements compensatoires afin de maintenir un poids stable. Il s’agit de vomissements provoqués, de prise de médicaments laxatifs ou diurétiques, du jeûne ou de la pratique sportive intensive. Contrairement à la boulimie, l’hyperphagie n’entraîne pas la mise en place d’une stratégie de compensation. C’est la raison pour laquelle ce trouble du comportement alimentaire provoque généralement surpoids ou obésité.

Quel est le profil des patients boulimiques ou atteints d’hyperphagie ?

Les TCA concernent statistiquement davantage les filles que les garçons. La boulimie est un trouble presque exclusivement féminin qui se déclare à l’adolescence, généralement vers 13-14 ans. Elle s’accompagne parfois de l’anorexie, les deux maladies agissant alors comme un balancier.

L’hyperphagie peut elle se déclarer dès l’enfance. Dès le plus jeune âge, ces pertes de contrôle alimentaires provoquent un sentiment de honte et de culpabilité. Celui-ci est par ailleurs renforcé par le surpoids et la perte d’estime de soi qui en découle. L’enfant ou l’adolescent risque alors d’entrer dans un cercle vicieux.

Comment expliquer l’apparition de la boulimie ou de l’hyperphagie ?

L’hyperphagie est davantage liée à des profils impulsifs. Elle concerne aussi en plus grand nombre des personnes souffrant du stress ou de solitude. Les TCA peuvent avoir des causes diverses, mais elles sont souvent d’ordre psychologique. Il s’agit de la manifestation d’un mal-être.

Florence Bierlaire confirme le caractère émotionnel de ce type de maladie. « Manger, c’est emballer ses émotions pour ne plus les ressentir ».

Pour des jeunes confrontés à des difficultés relationnelles à l’école ou à la maison, en perte de repères ou tout simplement à une pression trop forte à gérer (qu’elle provienne de l’extérieur ou qu’il s’agisse d’une pression intérieure), la nourriture peut paraître le seul plaisir accessible. Cela peut alors déclencher un processus d’addiction, comme ce pourrait être le cas avec l’alcool ou la drogue.

Quels sont les risques de l’hyperphagie et de la boulimie ?

Les risques de l’hyperphagie sont essentiellement à ceux du surpoids qui en résulte :

  • Hypertension

  • Maladies cardiovasculaires

  • Diabète

Les risques liés à la boulimie sont eux davantage liés aux comportements compensatoires inappropriés, comme le fait de se faire vomir :

  • Des carences en vitamines et nutriments peuvent affaiblir les os et les cheveux

  • Une perturbation de la production d’hormones susceptible d’impacter la croissance ou les cycles menstruels

  • Les vomissements répétés peuvent provoquer un reflux acide et favoriser l’apparition d’un cancer de l’œsophage

Comment traiter la boulimie ou l’hyperphagie ?

Nous l’avons vu, la boulimie et l’hyperphagie sont des maladies, mais elles sont aussi le symptôme d’un dysfonctionnement souvent d’ordre psychologique. Une thérapie, l’hypnose ou la programmation neurolinguistique (PNL) peuvent donner de bons résultats.

En cas de trouble du comportement alimentaire, l’enjeu ne consiste souvent pas à traiter la maladie elle-même, mais à se concentrer sur ses causes. 

Face à un enfant ou à un adolescent confronté à un TCA, la bienveillance doit être le maître-mot. Il s’agit véritablement d’une maladie, le jeune ne contrôle donc pas ce qui lui arrive. Vouloir mettre en place un régime alimentaire se révèle donc inutile, voire contre-productif. Cela risque en effet d’augmenter sa frustration et de renforcer le comportement pervers.

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