Obésité et troubles mentaux : intimement liés

16 mai 2019 / Prevention

Tout comme l'obésité prédispose à certains troubles mentaux, ceux-ci sont parfois à l'origine même d'un surpoids malsain. Comment les deux se nourrissent-ils et pourquoi soigner l'un sans l'autre s'avère être le plus souvent inefficace ?

Obésité et troubles mentaux : intimement liés

Stress vs. surpoids, la spirale infernale

Le stress favorise la prise de poids

Peut-être l’avez-vous expérimenté, mais il est plus difficile de perdre du poids en période de stress. On a même plutôt tendance à grossir lorsqu’on ne se sent pas bien mentalement, et cela sans apport calorique supplémentaire.

Il y a plusieurs explications physiologiques à cela, et toutes ont fait l’objet d’études scientifiques.

  • Le stress, par sa définition scientifique, est une réaction de l’organisme face à une ‘agression’ physique ou psychologique d’un élément extérieur (une situation, un choc, etc.). Lors de cette réaction, les glandes surrénales se mettent à sécréter du cortisol, appelé aussi hormone du stress. Lorsque le taux de cortisol est élevé de manière chronique, il peut favoriser la prise de poids en stockant plus facilement les graisses.
  • Des chercheurs américains et australiens ont découvert qu’à prise alimentaire égale, un sujet stressé prenait plus de poids. La peptide Y2 produit par l’hypothalamus en cas de stress aurait un effet de prolifération sur le tissu adipeux. (Source: Le Figaro)
  • Lorsqu’on est stressé, on mange généralement plus, ou moins bien. Soit parce qu’on n’a pas le temps ou l’énergie de prendre soin de son alimentation, soit parce qu’on cherche du réconfort dans la nourriture en se tournant vers le gras et le sucré (= d’où le terme de ‘comfort food’), soit encore parce qu’on a moins faim et qu’on grignote plutôt que de prendre de vrais repas.

Le stress favorise donc bel et bien la prise de poids, en tout cas l’amas graisseux, et ce surtout au niveau de l’abdomen.

Mais l’inverse est aussi vrai : les personnes en surpoids sévère sont plus sujettes au stress.

Le surpoids et l'obésité engendrent plus de stress

D’une part, car les inconvénients psychologiques de l’obésité sont réels. On pense à la mauvaise estime de soi, la culpabilisation, le sentiment d’exclusion, la fatigue due à l’état physique et aux régimes restrictifs, le sentiment d’échec et le découragement si ceux-ci échouent… Tout cela peut mener à des conséquences sociales plus graves comme des difficultés à l’embauche, de l’absentéisme, donc une rémunération moindre, une discrimination sociale… (Source: Université de Laval)

D’autre part, la stigmatisation de l’obésité est omniprésente : “18,7 % des personnes obèses en font l’objet, jusqu’à 38% en cas d’obésité grave. Les personnes obèses sont stigmatisées par les enseignants, les employeurs, les professionnels de la santé, les médias, et même par leurs amis et leur famille. Cette stigmatisation entraîne des conséquences physiologiques et psychologiques importantes, comme le surcroît de dépression et d’anxiété et la diminution de l’estime de soi. Elle peut aussi être à l’origine de troubles alimentaires chez les personnes qui en sont victimes, et les amener à éviter l’activité physique et les soins médicaux.” (Source : OMS)

C'est un peu le paradoxe de l’œuf et de la poule...

Obésité et troubles mentaux, deux maladies répandues

Dans le même temps, des études ont démontré que les personnes obèses souffrent davantage de troubles mentaux que la population générale. (Source : Revue Médicale Suisse)
Quelles sont dès lors les maladies mentales les plus répandues auprès des personnes en obésité et quels sont les mécanismes enclenchés ?

Les maladies psychiatriques accompagnent souvent l'obésité

Les troubles mentaux le plus souvent associés à l’obésité sont généralement caractérisés par une combinaison de troubles de la pensée, des perceptions, des émotions, du comportement et des relations aux autres.

Ainsi l’on retrouve le plus souvent les troubles du comportement alimentaire, les troubles anxieux, la dépression, les troubles bipolaires, les troubles cognitifs, les addictions et les troubles du déficit attentionnel et hyperactivité chez le sujet obèse. (Source : Revue Médicale Suisse)

La dépression et l'obésité

Ces deux maladies sont parmi les plus répandues dans notre société. Ce sont aussi deux maladies multi-factorielles, qui dépendent de facteurs environnementaux et génétiques, et qui génèrent une forte stigmatisation sociale.

La dépression survenant après une (longue) période de stress (intense), on retrouve le même lien de causalité réciproque avec l’obésité qu’entre le stress et l’obésité (voir plus haut). C’est-à-dire que la dépression peut soit être la cause du surpoids, soit en être la conséquence. La dépression est caractérisée par la perte de l’élan vital, qui peut influer sur le comportement alimentaire.

Inversément, l’obésité engendre fréquemment une mauvaise image de soi qui peut déclencher une dépression. Aussi, certains mécanismes tant biochimiques que psychologiques sont communs à ces deux pathologies: perturbation de l’image de soi, détresse psychologique, baisse de l’estime de soi, troubles alimentaires… (Source : Revue Médicale Suisse)

L'obésité et les troubles anxieux

Il a également été démontré que les personnes obèses souffrent généralement plus de troubles anxieux que la population générale. Les troubles anxieux sont les troubles mentaux les plus répandus en Europe. Sans trop s’avancer sur le plan scientifique, on pourrait faire le lien entre le rôle anxiolytique de la nourriture, les grignotages et la prise de poids. Le fameux rôle de “refuge émotionnel” de la nourriture serait à l’origine de nombreux problèmes de poids.

À l’inverse, une enquête menée au Royaume-Uni a démontré que des enfants atteints d’obésité à l’âge de 7 ans, ont plus de risques de développer des troubles émotionnels, dont de l’anxiété (Source: Top Santé). Le lien de causalité n’a pas été établi, mais l’OMS parle d’une stigmatisation liée au poids qui peut avoir de graves répercussions sur l’enfant : harcèlement, intimidations, brimades, sentiment de honte, dépression, manque d’estime de soi, voire même pousser au suicide.

Traiter l'obésité et les troubles psychiatriques en parallèle

L'importance de généraliser le dépistage

Etant donné que les troubles mentaux et l’obésité sont des maladies en constante évolution dans nos sociétés, que celles-ci sont toutes deux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, qu’elles nécessitent des soins appropriés et qu’elles coexistent fréquemment, il est primordial de pouvoir traiter la double problématique de manière adéquate chez un patient.

La Revue Médicale Suisse conclut dans un article au sujet du lien entre l’obésité et les troubles mentaux: “En médecine générale, il est important de penser à rechercher une maladie psychiatrique chez une personne souffrant d’obésité et de s’occuper du poids chez une personne connue pour un trouble psychiatrique. Un traitement combiné peut permettre un meilleur succès dans la perte pondérale, une amélioration de la qualité de vie et une diminution du risque de survenue d’événement cardiovasculaire.”

En tant que patient, il est également important de penser à se faire dépister un trouble mental si l’on souffre d’obésité ou, à l’inverse, de prendre soin de son poids si l’on souffre d’une maladie psychiatrique. Cela demande un effort considérable de traiter les deux maladies en parallèle, mais c’est important afin d’obtenir de meilleurs résultats, plus durables au niveau de la perte de poids et de la qualité de vie.

Le cas particulier de la chirurgie de l'obésité

1 Belge sur 5 est obèse et le nombre d’opérations de chirurgie bariatrique a plus que doublé en Belgique en 10 ans… La promesse de perdre des dizaines de kilos en quelques mois fait rêver. Pourtant, la chirurgie de l’obésité est plus risquée qu’elle n’y paraît et peut avoir des conséquences dramatiques si elle n’est pas préparée: complications, carences alimentaires, détresse psychologique pouvant parfois mener au suicide... Le taux de suicide est multiplié par 3 chez les opérés. (Source: RTBF).

Cela semble évident, une évaluation et une préparation psychologiques sont nécessaires avant tout type d’intervention bariatrique. Si le patient n’est pas jugé prêt psychologiquement, il ne peut être opéré. Mais est-il alors laissé pour compte ? Lui propose-t-on d’autres traitements ? Ne faut-il pas, à ce moment, diagnostiquer l’existence d’éventuels troubles mentaux ?
Et qu’en est-il du suivi psychologique après l’opération ? Ces patients dont la vie, par la modification du comportement alimentaire, est bouleversée sur le long terme, parfois pour toujours, se voient-ils accompagnés après ? Si la plupart des hôpitaux proposent un accompagnement psychologique avant l’opération, un suivi à long terme après celle-ci n’est pas automatique. Et serait pourtant bien nécessaire !

“La qualité de l’évolution postopératoire ne se limite pas à la perte de poids, mais doit prendre en considération également le devenir des comorbidités somatiques et psychiatriques, l’observance dont peuvent dépendre les complications postopératoires, sans oublier la question de la qualité de vie. Et indiscutablement, plusieurs enjeux psychologiques et psychiatriques, précédant et / ou suivant l’intervention, contribuent à l’évolution à moyen et long termes de ces patients. Le constat que la qualité de vie physique évolue plus favorablement que la qualité de vie mentale (ndlr: après l’opération), indique qu’il y a une marge de progression dans ce domaine.
Compte tenu de la survenue de plusieurs complications après l’intervention, le rôle du psychiatre ne se limite pas à l’évaluation préopératoire, mais il est nécessaire d’assurer aussi la détection et la prise en charge postopératoire des troubles de la personnalité, anxiodépressifs et du comportement alimentaire, car ce sont des facteurs de risque de moins bonne évolution postopératoire.” (Source: RevMed)

Quelles solutions ?

Des centres pluridisciplinaires

Si elles ne sont pas toujours simples à mettre en place, ni à traverser, des solutions existent pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux et d’obésité. Encore faut-il être conscient de la coexistence des deux maladies. Si vous désirez entamer une prise en charge pondérale et psychologie, parlez-en à votre médecin traitant ou rendez-vous dans une structure pluri-disciplinaire pour obtenir un suivi diététique et psychologique. De nombreux hôpitaux disposent d’une unité dédiée à la prise en charge de l’obésité, d’une clinique de l’obésité ou de spécialistes en la matière. N’hésitez pas à en rechercher un près de chez vous.

Pour les enfants aussi, il existe des suivis spécifiques. Comme à L’Hôpital des Enfants par exemple. Sachez que la diététique est désormais mieux remboursée pour les enfants, voir notre article sur le sujet.

Changer les mentalités

Pour le reste, il faut encore réussir à changer les mentalités. L’on pense encore trop souvent que maigrir est aussi simple que de manger moins et de faire du sport. C’est faire abstraction de toute incidence psychologique sur le poids. On simplifie trop les causes de l’obésité (manque d’exercice + apport calorique trop important) et les solutions mises en place. Cela relaie des attentes irréalistes et occulte les nombreux autres défis qu’ont à relever les personnes qui sont en détresse psychologique en plus d’être confrontées à leurs problèmes de poids.

De même, lors d’une perte de poids, il faut envisager les bénéfices au-delà de la simple perte de kilos. Ne pas oublier que si la qualité de vie physique est améliorée, et que les comorbidités peuvent être écartées, il n’en est pas toujours de même du bénéfice psychologique. Et que celui-ci peut avoir un rôle prépondérant, sans mauvais jeu de mots…

Partagez sur les réseaux sociaux

Avec Partenamut Vitalité,
prenez votre santé en main !

Découvrez l'app Vitalité

© Partenamut 2016 - La mutualité Partenamut offre les produits d’assurances hospitalisation et dentaire de la SMA « MLOZ Insurance ».