Dyslexie, Dyscalculie… Et si mon enfant avait un trouble de l’apprentissage ?

26 mars 2019

Dyslexie, dyscalculie, dysorthographie… dans les écoles et dans les classes, les troubles dys peuvent se transformer pour les élèves en obstacles quasi insurmontables à l’apprentissage. Comment aborder la question et apprendre à apprendre malgré ces troubles ? Voici notre tour d’horizon et l’avis de Perrine Bigot, orthopédagogue.

enfant dys

Les troubles dys : qu’est-ce que c’est ?

Puisque le mot « dys » a été lâché, commençons par définir ce que sont ces troubles de l’apprentissage. En insistant tout d’abord sur un point : tous les troubles décrits ci-dessous ne sont pas la cause d’autres problèmes comme l’audition, la vision, une déficience intellectuelle ou encore un environnement défavorable.

La dyslexie

La dyslexie est un trouble de la lecture, et plus précisément du décodage du langage écrit. Elle prend plusieurs formes et va par exemple se manifester par des difficultés de compréhension à la lecture, de reconnaissance des lettres et des mots ou encore par une lecture orale difficile. La dyslexie est souvent couplée à des problèmes de dysorthographie.

La dysorthographie

L’enfant dysorthographique éprouvera des difficultés à maîtriser l’orthographe, la grammaire et la conjugaison : inversion de lettres ou syllabes, reconnaissance erronée de lettres et sons… La dysorthographie s’accompagne souvent de troubles dyslexiques.

La dysgraphie

Dans ce cas, le trouble se manifeste par des difficultés à maîtriser les gestes de l’écriture. Le résultat ? L’écriture sera difficile à réaliser, à déchiffrer et ne sera pas assez fluide pour garantir une bonne prise de notes.

La dyscalculie

La dyscalculie entraîne des troubles dans la logique et la construction des nombres, avec donc un impact négatif sur l’apprentissage des mathématiques : difficultés à apprendre le nom des nombres, à les lire et les écrire, pour la mémorisation des tables de multiplication, le calcul écrit, la géométrie…

La dyspraxie

La dyspraxie se traduit par des difficultés à effectuer des gestes volontaires de manière automatisée. Elle a notamment pour conséquence des gestes mal coordonnées et une maladresse apparente, car chaque action nécessitera un contrôle permanent et volontaire.

La dysphasie

Le trouble dys se situe ici au niveau du langage oral, avec des difficultés importantes de compréhension et d’expression.

Les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH ou TDA)

Le trouble de l’attention sans ou avec hyperactivité (TDA ou TDAH) a pour effet des difficultés d’attention, mais aussi des comportements impulsifs et d’hyperactivité de l’enfant, quels que soient l’environnement et les circonstances.

Troubles de l’apprentissage vs difficultés

Orthopédagogue et coordinatrice de MétaMô, un centre pluridisciplinaire spécialisé dans les troubles et difficultés de l’apprentissage, Perrine Bigot accompagne des enfants et adultes affectés par des difficultés et troubles de l’apprentissage. Elle nous aide à encore mieux comprendre ce que sont ces troubles et comment les aborder. « Il faut tout d’abord distinguer difficultés et troubles d’apprentissage. Nous avons tous à un moment ou un autre éprouvé des difficultés passagères d’apprentissage. Les troubles de l’apprentissage sont d’une toute autre nature : ils résultent d’un trouble neuro-développemental. Ils sont localisés dans le cerveau depuis toujours… et ils y resteront. Une prise en charge efficace passe donc par un bon diagnostic, posé par un neuropédiatre. L’approche globale de l’enfant est à mes yeux aussi un facteur essentiel. C’est sur ce principe que nous avons créé MétaMô avec Catherine Vanham, logopède et coordinatrice du centre frère Mathémô. »

Absence d’automatisation et handicap de la double tâche

Comme le rappelle Perrine Bigot, l’absence d’automatisation est le facteur clé des troubles dys. « Prenons l’exemple de la lecture pour un enfant dyslexique. Lorsque nous découvrons la lecture, nous apprenons tout d’abord à déchiffrer et reconnaître les lettres, syllabes, mots et phrases. Même si nous l’avons oublié, il s’agit d’un processus complexe qui mobilise beaucoup d’énergie. Mais dans un second temps, notre cerveau va automatiser cette reconnaissance : les mots seront identifiés sans faire d’efforts pour les décortiquer, et nous pouvons nous concentrer sur la compréhension du texte. Chez l’enfant dyslexique, cette automatisation ne se fait pas. Et donc ses ressources sont en permanence focalisées sur l’analyse du mot, au détriment de la compréhension de la phrase et du récit. »

En clair, les enfants dys ont le même niveau d’intelligence que d’autres élèves. Mais à cause de ces troubles, ils doivent en permanence effectuer des efforts importants pour lire, écrire, calculer… des tâches qui devraient après apprentissage être automatisées. Et ces efforts se font au détriment de leur concentration sur d’autres tâches, par exemple celles permettant de comprendre le sens d’un texte. C’est d’ailleurs ce qu’on appelle le handicap de la double tâche.

Mais quels sont les signes d’un trouble dys ?

Quand faut-il se poser la question de la présence d’un trouble dys ? Pour Perrine Bigot, cela dépendra de ce trouble : « en cas de dyslexie ou de dyscalculie, les premiers signes ne seront pas visibles avant l’entrée en primaire, le moment des premiers apprentissages du langage écrit et des mathématiques. Ici, cela se manifestera par une assimilation beaucoup plus longue et ardue que chez les autres enfants et l’absence d’automatisation, même en adoptant d’autres méthodes. La dysphasie qui touche le langage oral pourra être détectée plus tôt, dès 2 ans ½ ou à l’entrée à l’école maternelle, soit au moment de l’acquisition de ce langage oral. Un enfant qui parle mal, qui a des difficultés à se faire comprendre, qui manifeste un comportement de repli, par exemple en parlant moins ou en étant agressif : ce sont des signes qui peuvent mettre la puce à l’oreille, car ils sont peut-être la conséquence d’un problème d’automatisation du langage oral. »

Mon enfant est peut-être dys : que dois-je faire ?

Mais concrètement, que faut-il faire si vous pensez que votre enfant est dys ? Perrine Bigot : « plutôt que s’alarmer inutilement, il faut orienter l’enfant vers un spécialiste à même de faire le tri entre difficultés passagères et troubles permanents. Un enfant qui éprouve des difficultés à apprendre pourra à un moment donné avoir le bon déclic et rattraper rapidement son retard. »

Le neuropédiatre, le chef d’orchestre

Il faut donc commencer par poser le bon diagnostic pour distinguer troubles ou difficultés de l’apprentissage, mais aussi écarter d’autres causes. « Dans l’idéal, le premier réflexe à avoir est de consulter un.e neuropédiatre », rappelle Perrine Bigot. « Il fera en Belgique office de chef d’orchestre, par exemple en renvoyant vers un.e ophtalmologue ou un.e ORL pour écarter des problèmes d’audition ou d’ouïe. C’est aussi lui qui prescrira un bilan chez un.e logopède ou des tests neuropsychologiques. C’est grâce à ces bilans qu’il posera le bon diagnostic et qu’il proposera un traitement adapté. »

Les PMS à votre écoute

Dans la pratique, Il n’est pas toujours facile en Belgique d’accéder rapidement à un neuropédiatre. Et d’autres intervenants seront aussi à l’écoute des parents et enseignants, comme les PMS, ce que confirme Perrine Bigot. « Les centres psycho-médico-sociaux sont aussi des bons interlocuteurs de première ligne qui pourront rediriger l’enfant vers la bonne personne ou conseiller d’effectuer des bilans. Mais pour aller plus loin et mettre en place un traitement, il faudra dans tous les cas qu’un.e neuropédiatre intervienne à un moment ou l’autre. »

Compenser pour progresser

Une fois le diagnostic posé, le neuropédiatre va pouvoir prescrire un traitement adapté au trouble. Perrine Bigot : « il peut s’agir de séances de rééducation chez un logopède pour travailler le son, l’écriture ou la parole. Ou chez un ergothérapeute pour apprendre à maîtriser un outil informatique qui servira d’aide à des enfants dyslexiques ou dysorthographiques. Ou encore de séances de psychomotricité pour apprendre à mieux gérer l’espace ou à bien tenir un crayon. Le neuropédiatre pourra aussi recommander une médication, par exemple pour des troubles de type TDA ou TDAH. Mais comme le trouble dys ne disparaîtra jamais, ce sont des méthodes de compensation qui vont permettre à l’enfant de progresser dans ses apprentissages que l’on va mettre en place. En clair, l’enfant va mettre en place des tactiques pour contourner l’impact négatif de son trouble. »

Des aménagements raisonnables dans les écoles

Pour faciliter ce travail de compensation, un décret de la Communauté française prévoit depuis septembre 2018 l’obligation dans les écoles maternelles, primaires et secondaires d’aménagements raisonnables pour les enfants à besoins spécifiques. « Des exemples de ces aménagements raisonnables ? Permettre à un enfant dyscalculique d’utiliser une calculatrice ou à un élève dyslexique de se servir d’un ordinateur équipé d’un logiciel de correction orthographique », illustre Perrine Bigot. « Voici des mesures simples à mettre en œuvre qui vont permettre aux enfants dys d’apprendre malgré leur trouble. »

Des approches pédagogiques mieux adaptées

Le principe de ces aménagements raisonnables soulève aussi la question de la flexibilité dans les approches pédagogiques pour la partie francophone de la Belgique. Perrine Bigot : « l’élève dys pourra être égal devant l’apprentissage si la société décide de lui donner accès à des techniques pédagogiques adaptées. Un enfant qui bloque devant un texte écrit pourra par exemple apprendre dans de bonnes conditions si on lui propose le même contenu sur un support vidéo, sans plus être freiné par l’obstacle ‘lecture’. »

Eviter le cercle vicieux de l’échec

Dans son travail d’orthopédagogue, Perrine Bigot insiste sur la prise en compte de tout le volet émotionnel, psychologique et relationnel. « Cette approche est essentielle lorsque l’on connaît l’impact fondamental qu’ont les émotions dans les apprentissages. Il faut savoir que beaucoup d’enfants dys ont un problème d’estime personnelle. Ils risquent de développer dégoût et blocage vis-à-vis de l’apprentissage affecté par leur(s) trouble(s) dys. »

L’importance d’une approche pluridisciplinaire

Pour Perrine Bigot, l’approche multidisciplinaire est aussi un facteur fondamental dans son travail. « Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie… L’objectif est de fournir aux enfants dys des outils concrets pour mieux apprendre via un accompagnement individuel, mais aussi d’impliquer dans notre approche tous les acteurs qui gravitent autour de l’enfant : enseignants, parents, thérapeutes, logopède, neuropsychologue… Et c’est précisément ce qui se fait plus facilement dans des centres multidisciplinaires comme le nôtre. »

Agir tôt et avec bienveillance

Il est en tout cas essentiel d’intervenir, car l’absence de prise en charge risque de provoquer des dégâts importants chez l’enfant. Perrine Bigot : « décrochage scolaire, émotions compliquées, moments des devoirs horribles pour l’enfant, relations parents-enfants en berne, impossibilité pour l’école et l’enseignant d’intervenir en l’absence de diagnostic… Il est important d’agir tôt, car il est toujours plus facile de créer des enfants solides que de réparer des adultes abîmés. Et ce qui pour moi prime sur tout, c’est que les adultes adoptent une posture bienveillante par rapport à l’enfant : encourager plutôt que dramatiser et mettre avant le positif et les qualités de ces enfants qui, rappelons-le, sont aussi intelligents que d’autres élèves. »

Logopédie, bilans, diagnostic… Plusieurs types de remboursements sont possibles en cas de troubles dys :

Par l’assurance obligatoire de l’INAMI

Vous êtes remboursé.e par l’assurance obligatoire de l’INAMI et selon ses règles pour :

  • les visites chez le médecin spécialiste, par exemple un neuropédiatre, qui prescrira le bilan à réaliser, et sur cette base d’éventuelles séances de rééducation
  • les visites (max. 5 et après accord du médecin-conseil) chez un.e logopède prescrites par le médecin spécialiste pour établir le bilan logopédique.
  • des séances de logopédie prescrites par le médecin spécialiste pour le traitement du trouble dys sur la base du bilan, après avoir reçu l’accord du médecin-conseil de la mutuelle.

A titre indicatif, ces remboursements s’effectuent environ à hauteur de 75 % des tarifs conventionnés*… à vérifier bien entendu pour chaque cas de figure.

Grâce aux Avantages Partenamut

Les Avantages Partenamut permettent de couvrir certains frais, comme :

  • Les visites chez le logopède dans le cas où l’assurance obligatoire de l’INAMI n’intervient pas du fait de la nature du trouble, d’un plafond réglementaire dépassé, d’une introduction tardive de la demande chez le médecin-conseil avec un maximum de 5 euros par séance et de 1000 euros/vie.
  • Les visites chez un psychologue, avec un maximum de 12 séances par an et de 15 euros par séance.

Via une assurance santé comme Medicalia

Si aucune intervention de l’Assurance Obligatoire n’est prévue, l’assurance santé Medicalia couvre aussi certaines consultations de logopédie, ergothérapie, psychologie, orthopédagogie…

  • Lorsque l’assurance obligatoire de l’INAMI n’intervient pas, 75 % des frais restant à charge du client (après déduction des éventuels avantages Partenamut) sont remboursés, avec un plafond de 600 euros par an.
  • Lorsque l’assurance obligatoire de l’INAMI intervient, Médicalia rembourse 75 % du ticket modérateur (qui est la différence entre l’honoraire légal et le montant remboursé par l’INAMI).

Pour en savoir plus

Découvrez dans cet épisode de « C’est pas sorcier » le quotidien de quelques enfants dys.

 

Apeda, L’Association belge de Parents et Professionnels pour les Enfants en Difficulté d’Apprentissage

*pour un patient ne bénéficiant pas de l’intervention majorée. Une séance de bilan chez un logopède conventionné de 32,20 euros donnera par exemple droit à un remboursement de 24,70 euros (et 18,53 euros chez un logopède non-conventionné).
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