De l'hypnose dans les salles d'opération : une réalité en Belgique !

25 mars 2019 / Hospitalisation

Troquer la traditionnelle anesthésie générale contre une hypnose lors d’une intervention chirurgicale ? C’est une pratique de plus en plus courante dans nos hôpitaux. Pourquoi, comment et avec quelle valeur ajoutée pour le patient ? C’est ce que nous expliquent Christine Watremez et Fabienne Roelants, médecins anesthésistes et spécialistes de l’hypnose médicale en Belgique.

Des opérations sous hypnose sont effectuées dans des cliniques belges

Non, l’hypnose n’est pas un phénomène réservé aux amateurs d’ésotérisme et de spectacles à sensations fortes. Preuve de son sérieux, elle a depuis plusieurs années franchi les portes des hôpitaux et occupe une place de plus en plus en vue dans le champ par définition rationnel de notre médecine. C’est notamment le cas aux Cliniques Saint-Luc et dans certaines de ses salles d’opération, où elle y remplace dans certaines conditions l’anesthésie générale. Et cela, on le doit entre autres à Fabienne Roelants et Christine Watremez, médecins anesthésistes et spécialistes belges du recours à l’hypnose lors d’interventions chirurgicales.

L'hypnose de plus en plus utilisée par la médecine

« Une fois que vous mettez un pied dans l’hypnose, vous n’en sortez pas ». Christine Watremez plante d’emblée le décor de ce passionnant entretien. « Dans quelles disciplines médicales l’hypnose a-t-elle sa place ? Nous l’utilisons dans notre pratique d’anesthésiste, mais elle est aussi présente dans d’autres contextes », poursuit Fabienne Roelants. « Un psychiatre peut par exemple y avoir recours pour traiter des phobies. Ou un chirurgien lors d’une intervention sous anesthésie locale pour apporter plus de confort à son patient. De plus en plus de publications scientifiques mettent en avant les bienfaits de l’hypnose dans divers domaines médicaux. Ce qui est important, c’est que les praticiens qui l’utilisent le fassent dans leur domaine de compétences, et pas ailleurs. Il est par exemple normal qu’un médecin nutritionniste y ait recours pour accompagner le régime d’un patient. Ça le sera moins si un.e infirmier.e formé.e à l’hypnose propose ses services pour arrêter de fumer, sans que cette personne ait la moindre compétence en tabacologie. »

L'hypnose médicale : qu'est-ce que c'est ?

Mais au fait… l’hypnose, c’est quoi exactement ? Et quelle est son utilité dans un contexte médical ? « L’hypnose est un état modifié de la conscience », commence Christine Watremez.

Le dérivatif d'un phénomène naturel

« C’est en réalité le dérivatif d’un phénomène naturel que nous expérimentons tous les jours et dont nous avons besoin : le fait de laisser vagabonder notre esprit, par exemple lorsque nous nous ennuyons ou que nous effectuons des tâches répétitives. Dans ces moments-là, nous avons parfois l’impression de nous évader pour nous retrouver dans un endroit plus attrayant. C’est précisément ce phénomène naturel que nous allons utiliser. Sauf qu’ici, l’hypnopraticien.ne va servir de guide pour que la personne qui se fait opérer envoie son esprit à un endroit qu’elle a défini. En se concentrant sur les choses agréables qu’il a choisies, le patient se désintéressera de ce qui se passe sur la table d’opération. Il sera conscient, mais son esprit sera attiré vers autre chose. »

Le corps et l'esprit parfaitement en phase

Et le fait d’être dans cet état d’hypnose va aussi avoir un effet sur le corps : « le corps va être à l’unisson de l’esprit et vivre les choses comme s’il était aussi présent à l’endroit où l’esprit a été envoyé », ajoute Fabienne Roelants. « L’hypnopraticien.ne peut donc mettre à profit cet état d’hypnose pour amener des suggestions thérapeutiques : diminuer les douleurs, vomissements, nausées, augmenter l’énergie… L’hypnose va permettre de parler à l’inconscient, et cet inconscient va de son côté dicter des règles au corps. »

De l'hypnose avant, pendant et après une intervention chirurgicale

« Christine et moi utilisons donc l’hypnose dans notre travail d’anesthésistes. Elle permet notamment de remplacer une anesthésie générale lors d’une intervention chirurgicale. Et dans ce contexte large d’une intervention chirurgicale, l’hypnose a sa place avant, pendant et après une opération », rappelle Fabienne Roelants.

Baisser le niveau d'anxiété et réduire les douleurs post-opératoires

« En phase préopératoire, l’hypnose peut être utilisée pour faire diminuer l’anxiété des patients par rapport à une intervention », précise Christine Watremez. « Et ce sera tout sauf anodin, car l’on sait que le niveau d’anxiété peut avoir un impact au stade postopératoire : une anxiété plus élevée risque d’entraîner plus de douleurs aiguës, des douleurs qui devront être traitées de manière agressive pour éviter qu’elles ne se transforment en douleurs chroniques. »

L'hypnose à la place d'une anesthésie générale

Pendant l’opération, l’hypnose va dans certains cas remplacer l’anesthésie générale. « Une anesthésie locale est pratiquée et l’hypnose va prendre la place de l’anesthésie générale. La valeur ajoutée est évidente », confirme Fabienne Roelants. « On va diminuer la douleur et la fatigue postopératoires liées à une anesthésie générale, et donc limiter la consommation d’antidouleurs. Le patient ne devra en outre pas nécessairement passer par la salle de réveil. Il récupérera plus vite, son séjour en hôpital sera plus court et il reprendra plus rapidement ses activités. Donc on agit à la fois sur le confort du patient et sur le coût d’une hospitalisation. Et cela répond aussi à une évolution de la société, avec une demande des patients pour une approche médicale plus naturelle, avec moins de médicaments. »

Quelles interventions chirurgicales sous hypnose ?

Ce recours à l’hypnose pour remplacer une anesthésie générale ne se fait que pour certains types d’interventions, comme l’explique Christine Watremez. « Nous la réservons aux interventions de « surface » : thyroïde, réfection de cicatrices, chirurgie ombilicale, hernies inguinales, chirurgie plastique… Nous y avons aussi souvent recours pour des interventions de type tumorectomies ou mêmes mammectomies dans un contexte de cancer du sein. »

« Nous l’utilisons également dans des opérations pour lesquelles il n’y a pas d’anesthésie générale, mais où ce recours à l’hypnose apportera plus de sérénité et de confort dans le chef du patient », enchaîne Fabienne Roelants. « Des exemples ? L’implantation d’un pacemaker, le placement d’un porte-à-cath pour une chimiothérapie, une opération de la cataracte, l’implantation d’une valve aortique par voie transartérielle… »

Post-opératoire : l'hypnose pour améliorer le vécu du patient

Après une intervention chirurgicale, l’hypnose sera aussi un outil efficace pour améliorer le confort du patient. Christine Watremez : « elle peut être utilisée pour aider le patient à gérer ses douleurs et son vécu post-opératoires. »

Redécouvrir la médecine autrement grâce à l'hypnose

« C’est en 2005 que nous avons vraiment découvert l’hypnose », explique Christine Watremez. « Et ce cheminement nous aura permis de vivre différemment nos liens avec nos patients, et même de réinterroger notre vision de la médecine. »

Fabienne Roelants : « ici aux Cliniques Saint-Luc tout a commencé, avec le développement d’une chirurgie mini-invasive pour des opérations de la thyroïde. Nous avons été sollicitées pour voir si ces techniques opératoires permettant de diminuer la douleur et les temps de récupération pouvaient aussi se décliner au niveau de l’anesthésie. Et l’hypnose s’est imposée d’elle-même, grâce notamment aux travaux déjà publiés par le Professeur Faymonville qui nous ont convaincues de nous lancer dans l’aventure. »

Christine Watremez & Fabienne Roelants
Christine Watremez et Fabienne Roelants, médecins-anesthésistes et spécialistes de l'hypnose. 

L'alliance patient-praticien et l'envie comme points de départ

« Nous avons dans la foulée de cette demande suivi une formation ad hoc enrichie de nombreux exercices. Et dès la fin de cette formation, nous avons utilisé l’hypnose en salle d’opération », ajoute Christine Watremez. « S’il faut un talent particulier pour réussir à placer un patient sous hypnose ? Non. Il faut juste en avoir envie, tant du côté du patient que de l’hypnopraticien.ne. Ce qui est clair, c’est que cette pratique de l’hypnose nous a permis de découvrir un mode de communication qui fait du bien au patient et qui réinterroge la relation dans le soin, avec un contact réellement différent. Comme le point de départ est l’alliance conclue préalablement avec le patient, une confiance mutuelle va s’instaurer, qui va bien au-delà de l’empathie. »

L'hypnose, la porte d'entrée vers une médecine plus humaine

Selon Fabienne Roelants, on en revient donc à une médecine plus humaniste dans laquelle le relationnel avec le patient reprend sa place. « Le patient comprend que c’est lui qui exploite ses propres ressources, et que nous ne sommes là que pour l’accompagner dans ce processus. Nous nous adaptons à ses besoins et envies que nous détectons mieux, car l’hypnose a développé chez nous un sens plus aigu de l’observation. Et lorsque nous détectons ses besoins, nous allons profiter de l’état d’hypnose pour l’amener à les écouter et y répondre lui-même. La découverte de ces ressources qu’il pourra utiliser par après peut être un vrai plus dans sa vie. Pour certains patients, l’hypnose a été vécue comme un moment magique qui leur a apporté quelque chose dont ils avaient réellement envie. »

L'impressionnante progression de l'hypnose en Belgique

Même si ça a parfois été difficile, le chemin accompli par Christine et Fabienne est impressionnant. « Aujourd’hui, près d’un 1/3 des opérations de la thyroïde sont faites à Saint-Luc sous hypnose, tout comme 25 à 30 % des interventions dans la chirurgie du sein. L’hypnose est désormais utilisée dans d’autres établissements hospitaliers, grâce notamment à des médecins formés chez nous. Même si les premières années ont parfois été ardues dans le contexte d’un cadre scientifique parfois rigide, nous avons continué à avancer et à faire abstraction du négatif. Et une fois que les gens ont compris que l’hypnose avait vraiment une valeur ajoutée, les discours et les attitudes ont changé. »

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« Une expérience incroyable que je referais sans hésiter ! »

Restons en salle d’opération, mais avec un autre point de vue sur cette technique de l’hypnose. Il y a quelques années, Marie-Christine Rombaux avait choisi cette option lors d’une opération de la thyroïde effectuée aux Cliniques Saint-Luc. Ce prof de grec et de latin dans une école de Wavre nous parle de son expérience. « Lorsque j’ai rencontré le chirurgien qui devait m’opérer, on m’a signalé que je pouvais choisir l’hypnose à la place d’une anesthésie générale. Et comme l’anesthésie générale était précisément le point qui m’inquiétait le plus dans cette opération, je n’ai pas hésité, d’autant plus que la réputation des Cliniques Saint-Luc me donnait tous les apaisements par rapport à cette approche novatrice. » Outre ce cadre institutionnel sécurisant, un autre élément a aussi rassuré Marie-Christine. « On m’avait clairement expliqué que si la mise sous hypnose ne fonctionnait pas bien, l’anesthésiste avait de toute façon prévu de rebasculer sur une anesthésie classique. Donc dans tous les cas, l’opération aurait lieu au moment prévu et dans de bonnes conditions. »

Comme si le cerveau était divisé en deux

Et au niveau des préparatifs ? « La seule chose que j’ai dû faire était de raconter par écrit et en détails une situation dans laquelle je me sentais particulièrement bien. Ou je me trouverais dans un état de plénitude et de non-stress complets. J’avais donc décrit mon point de chute favori où nous passons régulièrement nos vacances en Toscane. Le matin de l’opération, l’anesthésiste m’a expliqué que ce récit serait le point de départ de la mise sous hypnose. Une fois dans la salle d’opération, elle s’est placée derrière moi et m’a parlé doucement à l’oreille, ses deux mains posées sur mes épaules. Je me suis très vite sentie comme dans un cocon. Ce qu’elle me racontait ? Elle est partie de mon récit et a improvisé, le tout d’une voix à la fois monocorde et douce. Dix minutes plus tard, j’étais sous hypnose. J’étais réellement plongée dans la situation qu’elle décrivait : en Toscane, au bord de la piscine. Je visualisais le lieu et je ressentais même la chaleur de l’endroit. Mais dans le même temps j’étais aussi consciente de ce qui se passait sur la table d’opération, comme si mon cerveau était divisé en deux... le tout sans éprouver la moindre douleur ou le moindre stress. Si c’est comparable à un rêve ? Non, on vit réellement la situation : la sensation de chaleur s’est par exemple traduite chez moi par des bouffées de transpiration ! »

Un contact permanent pendant l'hypnose

Et pendant l’opération, le contact entre l’anesthésiste et le patient reste constant. « Nous avions convenu que si quelque chose me gênait, je froncerais les sourcils. Lorsque c’est arrivé, elle me reparlait et relançait de la sorte le processus d’hypnose. »

Marie-Christine garde en tout cas un excellent souvenir de cette expérience. « Contrairement aux autres patients opérés de la même chose, j’étais en pleine forme après l’opération, sans effets secondaires désagréables. J’ai pu rentrer plus tôt chez moi et j’ai repris mon travail après dix jours. Mon ressenti ? Il s’agissait d’une expérience incroyable que je recommencerais sans hésiter ! »

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